Choisir l’aventure de la vie
« L'aigle vole seul; ce sont les corbeaux et les étourneaux qui vont en groupes. »
J. Webster
Un fermier avait trouvé un oisillon de faucon abandonné. L'hiver approchait et pour ne pas qu'il meure, le fermier l'emmena dans sa ferme. S'improvisant fauconnier, il le mit avec les poules, les poussins et les coqs. Le temps passa, le fermier s'attacha à l'oiseau. Lorsqu'il en avait l'occasion, le fermier nourissait lui-même son faucon de petits lambeaux de chair de lapin bouillis. Malgré tout, la noble bête, ayant grandit avec les poules en vint à picorer avec la volaille pour trouver pitance, convaincu qu'il accomplissait ainsi son destin.
Au printemps suivant, le fermier pris son faucon, l'amena dans son champ et le libéra. Mais le faucon restait au sol, qu'il continuait à gratter. Alors le fermier le pris à bout de bras. Le tenant bien haut, il lui dit : « T'es pas une poule, mon vieux, t'es le fils du vent, vole. » Et il le lança doucement. Le faucon se laissa atterrir non loin sans faire mine de vouloir profiter de la liberté pour s'envoler. Le fermier le reprit sur son poing ganté: c'était un très bel oiseau, racé, une bête qu'il aurait voulu garder, mais pas pour la laisser dépérir avec les poules. La liberté lui siérait mieux. Le fermer marcha doucement jusqu'au haut d'une montagne, complimentant son protégé et lui faisant ses adieux à voix basse. Arrivé au sommet, le fermier fit voir l'horizon à son animal. Les arbres étaient petits au bas de l'escarpement devant eux et la ferme n'était qu'un carré noir. Il leva son poing, la tête du faucon étincelait dans le soleil puis il libéra la bête dans le vide.
Le hasard voulu que l’esprit du vent vint se frotter contre la poitrine douce et chaude de l’animal, s’engouffrer dans cette voile subitement apparue en murmurant : « Viens jouer, je vais te porter jusqu’au soleil. De là-haut, tu décrouvriras le meilleur en toi et nous surveillerons les rongeurs ensemble. » Le prédateur, intrigué d'entendre le vent, séduit par la proposition, envahi par un plaisir aussi curieux qu’étrange, se laissa soulever doucement puis, d’un battement d’aile, s’éleva majestueusement jusqu’à disparaître derrière une montagne voisine.
Aujourd'hui, l'oiseau de proie vole haut, l'oeil aux aguets. Parfois, les jours de bouilli, le fermier le voit survolant la ferme. Il ne chasse ni la poule ni le poussin, semble-t-il, mais jamais plus il ne l'a revu venir gratter le sol avec eux.
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Je n’entretiens pas de rancune contre ce que j’ai quitté ni ne conserve de regrets pour un passé qui ne me conviendrait plus.. Je jouis pleinement du moment présent et de la vie qui s’offre à moi.