Depuis toujours, écrire sans faute a été l’apanage d’une minorité. Il est totalement faux de prétendre que les collégiens devraient savoir écrire à 19 ans. Rimbaud, Musset étaient des génies à 20 ans parce qu’ils savaient écrire. Il n'en aurait rien été si ça avait été donné à tout le monde.
Même s’il est vrai qu’un texte achevé présente généralement peu d’erreurs, il n’y a que ceux qui ne savent pas écrire pour réduire le travail de l’écriture à ses aspects grammaticaux. Cette approche comptable de la langue par notre société passe assez loin de l’enjeu véritable d’autant plus que la multiplication des règles (donc des possibilités de fautes mais aussi des possibilités d’accords) vise à augmenter le nombre d’indices du message véritable.
Par exemple, si le verbe devoir n’avait qu’une seule terminaison, toujours ait et que nous ne disposions que d’un seul mot pour exprimer le, la, les (par exemple the), les conséquences d’écrire « the collégiens devrait » quand on souhaite exprimer « the collégien devrait » seraient plus grandes qu’elles ne le sont maintenant lorsqu’on écrit « le collégiens devraient » pour dire « les collégiens devraient ». La grammaire est un adjuvant, un outil de travail pour le rédacteur comme pour le lecteur et non pas un phénomène comptable à l’usage d’un système punitif. Il ne faut pas faire de cet avantage linguistique du français un désavantage pour ses locuteurs.
Depuis fort longtemps, le Québec doit se remettre en question sur ce point. L’attitude actuelle de notre société face à la langue et à l’enseignement de l’écriture relève d'une même organisation de pensés sans doute aussi bien aux lourdeurs administratives paralysantes dans les soins de santé qu'au décrochage scolaire.
Dommage que la ministre libérale Courchêne ait déjà annoncé, dans un grand geste populiste, son intention de balancer le rapport aux poubelles. Merci aux fonctionnaires d’avoir eu le courage d’exprimer une idée aussi controversée que nécessaire.